Lycée du Haut-Barr

- 67700 Saverne -

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Epidémie de danse de 1518 à Saverne et Strasbourg: des comédiens préparent un spectacle avec des lycéens
 
Onze élèves de seconde du lycée du Haut-Barr de Saverne ont pris part à deux sessions de théâtre animées par la Cie L’Établi. De ces rencontres vont naître deux productions – l’une portée par les lycéens, l’autre par les comédiens – sur le thème de l’épidémie de danse qui a frappé Strasbourg en 1518 et connu son épilogue à la grotte Saint-Vit près de Saverne.

Onze élèves de seconde du lycée du Haut-Barr de Saverne ont pris part à deux sessions de théâtre animées par la Cie L’Établi. De ces rencontres vont naître deux productions – l’une portée par les lycéens, l’autre par les comédiens – sur le thème de l’épidémie de danse qui a frappé Strasbourg en 1518 et connu son épilogue à la grotte Saint-Vit près de Saverne.

 
 
Sophie, Marcus, comme tous ces élèves de seconde, se mettent en position. À tour de rôle, ils joignent leurs mains, simulant une épée, lèvent les bras et crient des « Ha ! » des « Hi ! » des « Hou ! » dans de grands gestes. L’exercice se complique, les participants qui se trompent ou cassent le rythme sont éliminés, jusqu’à ce qu’il n’en reste que deux. Mélanie Tanneau sourit : « Il s’agit d’un échauffement qui requiert concentration et observation ».
 
 
Cette session, animée par Mélanie Tanneau, Jessica Hinds, Elisabetha Spaggiari et Frédéric Naud, de la compagnie toulousaine l’Établi, fait suite à une première rencontre, en début de semaine, entre les lycéens et les comédiens sur le thème « 1518 : épidémie de danse » (*).
Ces quelques heures partagées s’inscrivent pour les élèves dans le cadre de leur enseignement d’exploration « Littérature et société ». « Au-delà du côté artistique, je les sensibilise, en cours, à la fiabilité des sources historiques », explique Edwige Lanères, annonçant la visite prochaine de l’exposition « 1518, la fièvre de la danse » au musée de l’Œuvre-Notre-Dame de Strasbourg par les élèves.
« Cette sortie leur permettra de découvrir les histoires, les légendes qui entourent ce fait historique et de les aider à prendre de la distance. Beaucoup de choses ont été écrites par rapport à cet événement, à l’image des fake news d’aujourd’hui. Toute la difficulté est de discerner le vrai du faux, que ce soit par rapport aux faits historiques ou d’actualité. »
 
 

Des saynètes chorégraphiées

D’où la rencontre, jeudi 4 octobre, avec Emmanuel Viau, journaliste aux DNA et auteur du roman historique Les légions furieuses, qui relate cet épisode des danseurs fous et de leur long pèlerinage vers Saverne, où l’on dit que l’invocation de saint Vit, en une petite chapelle située dans le col, peut guérir les possédés.
« La rencontre se fera à la grotte Saint-Vit. Emmanuel Viau nous expliquera comment, tout au long de ses recherches, il a su démêler l’histoire vraie des légendes qui l’accompagnent. » Ensuite, les lycéens écriront des saynètes, qu’ils mettront en chorégraphie et qu’ils présenteront à leurs camarades du Haut-Barr.
Du côté de la compagnie, ces sessions s’inscrivent dans le cadre de son travail de recherches. Actuellement en résidence à Saverne, les comédiens se sont rapprochés de l’historien Pierre Vonau, membre de la Shase (**). Et travaillent cette semaine avec les lycéens du Haut-Barr mais aussi avec des jeunes du CEF (Centre éducatif fermé) de Saverne. « Ces sessions aboutiront à la création d’un spectacle de rue présenté, sans doute en juillet, dans la région de Toulouse », fait savoir Mélanie Tanneau.
 

« Comment en vient-on à danser dans la rue, à péter un câble en public ? »

Si le point de départ du travail de création des comédiens est le fait divers de 1518, ils vont bien plus loin : « Comment en vient-on à danser dans la rue, à péter un câble en public ? » s’interrogent-ils. « En tant que comédiens, nous sommes capables de faire ça, mais le quidam ? »

Pour tenter de restituer la singularité de l’événement qui a ébranlé la ville de Strasbourg il y a 500 ans, les comédiens poursuivent leur activité avec les lycéens. Par deux, les élèves jouent, tour à tour, le rôle d’artiste ou de marionnette. L’un dirige l’autre en tirant des fils imaginaires.
« Outre le fait de devoir faire confiance à l’autre, il s’agit d’un travail sur le conformisme et le non-conformisme. La marionnette doit obéir à quelque chose d’extérieur », explique Mélanie Tanneau.
À l’issue de différents exercices, les lycéens se posent. Place à l’écriture automatique. « On leur propose un mot. À eux ensuite de laisser libre cours à leur imagination, sans contrôle de la raison. » Leurs mots, phrases, images serviront de support à l’écriture du prochain spectacle de la Cie L’Établi. « Une histoire de peur, d’épuisement, de débordement, de joie aussi », imagine Mélanie Tanneau. Une histoire qui sera racontée avec des corps en mouvement. Alors, on danse ?
 
(*) Il y a 500 ans, des centaines de personnes se sont mises à danser dans les rues de Strasbourg. 
Comme prises de folie et incapables de s’arrêter, certaines auraient fini par mourir d’épuisement.

(**) Société d’histoire et d’archéologie de Saverne et environs.
Véronique Kuhn    DNA