Lycée du Haut-Barr

- 67700 Saverne -

cinedbarr

PROJET UNESCO (Axe : Éducation au patrimoine)

Les classes de TES et TS1 du Lycée du Haut-Barr ont bénéficié ce mardi 09 octobre 2018, dans le cadre de leur cours de philosophie, d'une matinée au Musée de Saverne pour découvrir l'exposition Alfred Roll,
porte-drapeau du naturalisme en peinture. Mme Feyler, conservatrice du Musée, leur a tout d'abord fait une présentation générale de la biographie de l'artiste et du fonds Alfred Roll du Musée de Saverne, qui est l'un des plus importants de France. Ainsi, les élèves ont pu apprendre que cet artiste parisien de renom, véritable « Zola de la peinture », avait des attaches familiales alsaciennes, d'où les nombreuses donations faites au Musée savernois. De plus, Mme Feyler leur a expliqué qu'Alfred Roll était un peintre engagé, promoteur des valeurs républicaines, et à ce titre, reconnu comme peintre officiel de la III° République. « Cette exposition n'a pas pour ambition d'être une rétrospective faisant état de toutes les étapes de la créativité du peintre, mais de présenter les œuvres d'Alfred Roll, possédées par le Musée municipal, suite à leur restauration généreusement financée par le Kiwanis Club », précise la conservatrice. 
 
 
Après cette brillante introduction, Mme Le Van, professeure de philosophie, a proposé un parcours philosophique inédit à travers l'exposition, en focalisant l'attention sur certaines œuvres remarquables. Ayant reçu un support polycopié contenant des textes à trous, les élèves devaient retrouver, à l'aide des explications de leur professeure, les termes clefs pour reconstituer un texte complet. La dimension sociale de l'engagement du peintre a tout d'abord été abordée à travers l'analyse d’œuvres comme « Le soldat  en marche » (1886), qui constitue un hommage rendu à l'armée nationale au moyen de la présentation d'un simple fantassin, ou de « La grève des mineurs » (1880), œuvre majeure du peintre qui a précédé de quatre ans la parution du roman Germinal de Zola, et qui a inspiré en partie l'écrivain. D'où le surnom de Roll : « le Zola du pinceau ». Le peintre républicain a ensuite été évoqué au moyen de l'étude de deux de ses œuvres : « Esquisse pour la fête nationale du 14 juillet 1880 » (1882), qui répond à une stratégie de glorification du nouveau régime politique, et « Petite République vue de dos » (1907), allégorie qui permet de montrer que la jeune République est certes florissante, mais aussi vulnérable, bonapartistes et royalistes constituant des forces potentiellement subversives.
 
 
« Alfred Roll était non seulement une figure emblématique du naturalisme en peinture, mais de plus, comme tous les grands artistes, un créateur capable d'épouser divers courants artistiques de son temps, et ainsi de mêler de façon originale des influences multiples dans ses toiles. Voilà pourquoi il est possible de déceler derrière une forte dominante naturaliste, des survivances du romantisme, ainsi qu'un recours à des techniques picturales impressionnistes ou à des thématiques symbolistes », précise l'enseignante enthousiaste. Deux œuvres permettent en particulier de voir qu'Alfred Roll est héritier du romantisme : « Coucher de lune » (1893), qui est un paysage nocturne de bord de mer, et « Tristesse » (1906) qui représente le peintre endeuillé suite au décès de sa première épouse. Ce sont ensuite les influences impressionnistes et symbolistes qui sont envisagées par l'étude de trois œuvres majeures : « La terrasse à Deauville » (1912), scène de genre qui dépeint le mode de vie privilégié des personnalités parisiennes fortunées de la Belle Époque, « Caresse de soleil » (1906), où une très belle femme rousse s'offre aux rayons de soleil et devient elle-même lumière, et enfin, « La tasse de thé » (1918), toile à caractère lumineux et intimiste, qui souligne avec tendresse la beauté de sa seconde épouse, Henriette Roll. Après le décès de son mari en 1919, cette dernière se consacrera  à promouvoir son œuvre.
Pour conclure ce parcours fascinant de l'exposition du Musée de Saverne, l'enseignante cite Maupassant : « Le peintre Roll, très étonnant et très neuf ». L'écrivain ne cachait pas son admiration à l'égard de cet artiste « étonnant », qui a su dépeindre de façon originale toute une époque, aussi bien dans ses dimensions collectives que privées En se rendant au Musée ce matin-là, les élèves ont pu découvrir avec intérêt un peintre naturaliste reconnu en son temps, profondément philanthrope et républicain, dont l’œuvre colorée et lumineuse, en mouvement, est un véritable hymne à la vie et à l'engagement social. Toujours d'actualité, ces messages restent effectivement « très neufs » !