Lycée du Haut-Barr

- 67700 Saverne -

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C’est ainsi que l’on qualifiait le peintre Alfred Roll, en hommage à son talent pour la peinture naturaliste.
 
Le lundi 8 octobre, les élèves de 2de5 ont découvert les toiles exposées au musée de Saverne...
la Petite République ; une esquisse d’un tableau commémorant le 14 juillet, un Soldat en marche ; des paysages contrastés et de vigoureux portraits. Au fil des explications données par la conservatrice Gabrielle Feyler, les jeunes lycéen.ne.s ont découvert les caractéristiques picturales du naturalisme. Cette première approche permet d’aborder l’un des courants artistiques du programme de Seconde, et en particulier Zola, les frères Goncourt et Maupassant, en lien avec l’Histoire de la IIIème République.
« - Comment appelle-t-on une image qui représente une idée, comme cette jeune femme vêtue de rouge et portant un bonnet phrygien? 
    • Une allégorie !
    • Exact. Et cette allégorie ne représente pas uniquement la IIIème République ; elle incarne les valeurs républicaines auxquelles nous nous référons encore aujourd’hui. »
 
 
Loué par les écrivains naturalistes de son temps, Alfred Roll fut fort décrié par la suite, car, après la Ière guerre mondiale, il n’était plus de bon ton d’accepter des commandes d’Etat. Les artistes se voulaient indépendants ; leur mouvement s’orientait progressivement vers l’art abstrait, et le côté engagé, voire patriotique des œuvres de Roll, engendra un rejet qui fait encore de ce peintre un artiste méconnu.
Observons son esquisse pour la fête nationale du 14 juillet 1880 : quel enthousiasme républicain ! Quelle liesse ! Au centre, un petit Gavroche nous invite à partager la ferveur de cette journée commémorative. Et pourtant, il serait injuste de qualifier les œuvres de Roll de « propagande », car si l’on regarde bien le soldat qui jouxte l’esquisse, on n’y voit aucune trace de ce que l’on appela plus tard, par mépris, l’art pompier*. Ce jeune homme part à la guerre comme un artisan part vers son atelier, pour exercer son rôle, son métier. Rien de glorieux, rien d’héroïque dans la démarche du soldat alourdi par son équipement et son uniforme rouge et bleu. C’est en cela qu’Alfred Roll se défait résolument du romantisme d’un Géricault, ou même d’un Delacroix : loin des grands élans et des combats fougueux, l’artiste peint le quotidien des soldats comme des gens du peuple. 
A l’autre bout de la galerie, plusieurs toiles résonneront comme une réponse à cette vision pessimiste de la guerre : En Belgique, femme morte allongée avec un enfant, et Les blessés de la tuberculose.
Nombreux sont les échos entre les romans sociaux d’Emile Zola et les toiles de son ami Alfred Roll, tant pour leur idéologie socialiste que pour leur volonté de représenter la vérité, fût-elle noire et misérable. Tout comme le romancier des Soirées de Médan, le peintre engagé allait sur le terrain pour retranscrire le réel dans ses œuvres.  Admiratifs devant la virtuosité du peintre, les élèves contemplent un dessin préparatif au grand tableau La grève des mineurs, exposé au Salon de 1880. Ils apprennent que dans l’un de ses fameux Carnets, Zola a mentionné la femme à l’enfant, qui se détache clairement sur les teintes sombres des chevaux et des soldats ; ce personnage a probablement inspiré la « Maheude » du roman Germinal. A l’instar de l’écrivain, le peintre ne se contente pas d’exposer les faits, à la façon des artistes réalistes. Il va plus loin : il tente d’expliquer, par ses œuvres, les ressorts de la société qui engendrent les tensions, les grèves, les révolutions. L’insatisfaction et la misère sont criants, sur le dessin de Roll ; le contraste entre la masse noire des machines, les uniformes et le teint blafard des mineurs se passe de mots.
En regard de ces austères dénonciations, l’or des portraits et des nus resplendit d’un éclat quasi mythologique. Ce n’est pas seulement l’épouse du peintre et son fils, que l’on voit sur les murs du musée ; ce sont des sensations et des impressions : la tendresse, la douceur de vivre, la fierté de la mère, la gaieté de l’enfant, en accord avec une nature riante, non pas copiée, mais évoquée, suggérée par des touches vertes, jaunes, mauves, lumineuses et sereines. Pourtant la mort leur fait face : des années après le décès de sa première épouse, Alfred Roll s’est représenté en deuil, sa main gantée de noir masquant ses pleurs.
Ainsi les jeunes visiteurs oscillent entre les chevelures radieuses, exubérantes, baudelairiennes des portraits féminins, et les sombres visions des vies fauchées par la mort et la guerre.
Entre les deux, plusieurs bustes de bronze, admirablement exécutés, se mêlent aux visages des adolescent.e.s.  Madame Paquin expose ses épaules nues, tandis que Marcel Roll, l’un des fils de l’artiste, adresse un regard mélancolique aux vivants qui l’observent.
« - Quel est votre tableau préféré ? demande un élève à Gabrielle Feyler.
    • Ce pastel, répond sans hésiter la conservatrice passionnée, en désignant un couple qui semble danser. 
Une chevelure rousse s’envole derrière un bras clair, une joue rose et une poitrine nue. L’homme tourne le dos, nous le voyons à peine, dans le mouvement tournoyant qui l’entraîne.
    • Mon préféré est La tristesse, ajoute la professeure, Mme Lanères, regardant une dernière fois l’autoportrait du peintre endeuillé. »
 
Et vous ? Quelle est votre œuvre préférée ?
 
Edwige Lanères
 
*L’art pompier fut probablement appelé ainsi à cause des casques brillants représentés par les peintres du XIXème siècle, sur leurs toiles inspirées de scènes antiques. Il s’agit de l’art académique, enseigné à l’Académie de Beaux-Arts de Paris, et qui fut bousculé, dans la seconde moitié du siècle, par la peinture moderne : réalisme, naturalisme, impressionnisme, fauvisme.